Youri Blanchet, président de la FEC-CSQ
Si chaque début d’année porte son lot d’espoirs et de défis, cette rentrée revêt un caractère quelque peu exceptionnel. Les bouleversements de l’ordre international provoqués par notre voisin du Sud ne laissent personne indifférent et entraînent un climat d’incertitude ambiant plutôt malsain. Au Québec, la démission soudaine du premier ministre François Legault a provoqué une certaine onde de choc. Cette décision quelque peu inattendue, malgré des résultats très défavorables dans les sondages pour la CAQ, change la donne politique. Elle survient alors que plusieurs projets de loi dénoncés par une grande partie de la société civile demeurent à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale. Parmi ces derniers, le projet de loi 3 nous a particulièrement mobilisés l’automne dernier lors de nos prises de position visant à dénoncer l’ingérence que les dispositions législatives envisagées pourraient entrainer dans les activités syndicales. Maintenant qu’une course à la chefferie de la Coalition avenir Québec est lancée, il faudra voir si le ton reste le même…
Face à cette incertitude à la fois locale et internationale, il faut donc demeurer mobilisés, mais également prendre le temps d’échanger et de débattre afin d’évaluer les suites de nos actions collectives. Ce qui est certain, c’est que nous choisissons la solidarité et la mobilisation plutôt que le repli sur soi. Dans un tel contexte, il est nécessaire (et stimulant) de rappeler que notre agenda syndical se poursuit et s’active. L’année 2026 a d’ailleurs débuté avec la tenue des États généraux de l’enseignement sur la transition écologique et sociale, qui a rassemblé plus 200 personnes, créant ainsi un riche espace pour définir collectivement comment l'enseignement supérieur pourrait et devrait soutenir plus activement la nécessaire transition. Dans le même ordre d’idées, le chantier en éducation de la CSQ se poursuit en vue de l’élaboration d’une plateforme qui sera adoptée d’ici les prochaines élections provinciales. Comme lors de la première phase de consultation, laquelle a notamment permis d’aboutir à une prise de position contre l’école à trois vitesses, vous aurez l’occasion de vous exprimer à nouveau sur ce sujet au cours de la session.
Deux autres rendez-vous marqueront les prochains mois. En mars prochain, le forum sur l’intelligence artificielle (IA) organisé par la Centrale viendra enrichir nos connaissances et notre réflexion collective sur ce nouvel outil qui transforme nos pratiques pédagogiques et soulève des enjeux éthiques et professionnels majeurs. Au cours du même mois se tiendra une nouvelle rencontre des États généraux sur le syndicalisme afin de poursuivre les réflexions intersyndicales visant à repenser nos modes d’action et à renforcer nos solidarités. Dans un monde du travail en profonde mutation, il devient en effet crucial d’identifier nos défis communs et de consolider nos liens.
Enfin, nous ne pouvons passer sous silence la montée des risques psychosociaux dans nos milieux de travail. L’intensification des tâches, l’incertitude et la pression constante exercent un lourd tribut sur la santé mentale et le bien-être de la population étudiante, mais également de l’ensemble du personnel. De plus en plus d’organisations, dont notre fédération, s’intéressent d’ailleurs aux stratégies de prévention en la matière. Le professeur Simon Viviers, de l’Université Laval, que nous avons reçu en conférence lors de notre instance automnale, a d’ailleurs participé à l’élaboration d’un guide très pertinent, que je vous invite à consulter et à diffuser : Prévenir les risques psychosociaux chez les professeures et professeurs d’université.
Ce thème nous rappelle d’ailleurs que, bien que les syndicats occupent l’espace public sur des enjeux davantage liés à la contestation, l’engagement syndical des dizaines de personnes élues dans les organisations locales vise très majoritairement à prévenir les conflits et à soutenir les collègues. Il est important de le rappeler. Permettre au mouvement syndical de demeurer fort et mobilisé, c’est aussi préserver des liens sociaux fondamentaux tout en réaffirmant le rôle central de l’éducation dans la société québécoise. Notre engagement collectif constitue ainsi la réponse la plus puissante face à l’incertitude et aux défis de notre temps. Soyons fiers de notre engagement syndical et restons solidaires.