Enseigner au collégial en 2022, l'autre portrait de la profession

24 mai 2022

Lucie Piché, présidente de la FEC-CSQ

Le triennat qui s’achève aura été profondément marqué par deux évènements majeurs, soit la crise sanitaire qui s’est amorcée à compter de mars 2020 et le renouvellement de notre convention collective, une négociation qui s’est anormalement éternisée en raison, justement, de la pandémie. Cette dernière a directement influé, de fait, sur de nombreuses résolutions adoptées lors des assises du dernier Congrès de la FEC-CSQ en juin 2019, actualisant même la portée de la thématique du congrès, qui s’intitulait, rappelons-le, le Syndicalisme, enseignant à l’ère du numérique! Une thématique qui s’est finalement avérée plutôt prémonitoire … mais pour des raisons autres que celles que nous avions imaginées.

Trois années plus tard, nous pouvons affirmer que le portrait de la profession enseignante au collégial à changé. Outre le virage numérique accéléré par la crise sanitaire, Enseigner au collégial en 2022 (thème de notre Congrès) c'est également faire face à l'hétérogénéité croissante de la population étudiante et à la pression toujours plus forte à faire réussir malgré tout. C'est également accueillir l'éco-anxiété croissante des jeunes et nous impliquer pour proposer des alternatives dans le milieu de l'éducation, comme partout dans la société. Enfin, enseigner en 2022 c'est également toujours peser ses mots face à une notion de liberté académique en mouvance.  Voici un ensemble de thèmes qui seront abordés lors de notre Congrès et dont le présent texte constitue l'introduction à notre rapport d'activités. 

Peut être une image de texte

Un triennat des plus actifs pour une société plus juste et plus égalitaire

La conjoncture particulière dans laquelle nous avons été plongé.es nous a par ailleurs permis de réitérer avec plus d’acuité encore nos revendications pour une société plus juste et plus égalitaire. Nous avons ainsi relayé amplement la campagne des centrales syndicales pour une assurance médicaments universelle sur nos plateformes fédératives, appelé à la protection et au développement du réseau de la petite enfance, et vanté la promotion de mesures visant à faciliter la conciliation famille-travail.

La promotion d’une société plus juste consiste aussi à favoriser l’accès du plus grand nombre à l’enseignement supérieur. Nous avons notamment travaillé de concert avec les associations étudiantes pour réclamer l’amélioration de l’aide financière aux études et la rémunération des stages, tout en dénonçant le nouveau Palmarès des cégeps qui alimente inutilement la concurrence entre les cégeps du réseau public. Les inégalités socio-économiques se faisant sentir encore plus lourdement lors de la pandémie, nous n’avons eu de cesse de réclamer des mesures spécifiques afin d’éviter que certaines populations étudiantes soient pénalisées plus lourdement par la crise sanitaire.

Le financement des cégeps, maillon essentiel de l’accès à un enseignement supérieur de qualité, a pour sa part fait l’objet d’une veille constante tout au long du triennat. Cette veille était d’autant plus importante que nous sortions d’une longue période de sous-financement et qu’il importait de s’assurer de l’utilisation adéquate des multiples annexes contenues dans le régime budgétaire et financier des cégeps. Gain notable, nous avons pu faire en sorte que de nouveaux cégeps aient accès aux mesures de soutien des petites cohortes et qu’une partie du financement des mesures destinées aux étudiant.es en situation de handicap soit incluse dans notre nouvelle convention collective. En raison des sommes importantes qu’il recèle, le Chantier sur la réussite du MES est tout autant en observation, comme nous le verrons plus loin dans ce rapport.

La préservation de la qualité de l’enseignement et de la diversité de la carte des programmes sur tout le territoire constitue l’autre maillon de la démocratisation de l’enseignement supérieur. Nous avons multiplié, à ce chapitre, les représentations auprès de divers acteurs du MES afin que le personnel enseignant soit davantage consulté lors des révisions de programmes collégiaux. Plus récemment, notre attention s’est portée sur l’Opération main-d’oeuvre du ministère du Travail et de la Sécurité sociale qui tend, sous prétexte de pénurie, à dévaloriser la formation collégiale en multipliant les formations courtes et qui accroît par ailleurs la concurrence entre les programmes en offrant des bourses étudiantes pour certains programmes seulement alors que plusieurs peinent pourtant à combler les besoins du marché.

De nombreuses remontées politiques, auprès du MES et de la Fédération des cégeps ont également été effectuées afin de préserver l’intégrité du réseau collégial. Nous avons notamment fait valoir qu’une plus grande concertation dans l’offre des programmes s’imposait, en particulier à Montréal et dans ses couronnes, afin d’éviter une inutile concurrence et de respecter les devis des cégeps, en particulier ceux des cégeps anglophones de l’Île de Montréal, qui drainent malheureusement une part importante des effectifs francophones et allophones, particulièrement au secteur préuniversitaire.

Le renouvellement de notre convention collective a, bien sûr, mobilisé une partie importante de nos énergies syndicales au cours du triennat. D’ailleurs, les principaux gains résultant de cette dernière ronde de négociation seront présentés plus loin. D’autres sections du présent rapport témoignent de nos activités visant à accroître notre cohésion interne et, ainsi, à s’assurer d’une réelle démocratie syndicale. On constatera ainsi, à la lecture de son bilan triennal, que le Comité de la condition des femmes (CCF) est pour sa part toujours aussi actif. Citons, pour exemple, le rôle essentiel que ses membres ont joué localement dans le déploiement des mesures découlant des lois récentes concernant les violences à caractère sexuel. La réflexion sur nos pratiques syndicales a par ailleurs été alimentée tout au long du triennat par la tenue de diverses activités nous permettant de prendre un pas de recul afin de nous interroger sur nos façons de faire et de nous assurer que les structures qui soutiennent notre vie fédérative sont à la hauteur des valeurs d’égalité et d’inclusion que nous privilégions. Enfin, si nous avons témoigné plus haut des diverses actions menées de concert avec différents organismes pour la promotion d’une société plus juste et plus égalitaire, l’énumération était loin d’être exhaustive. La recension de nos appuis solidaires, à des organismes d’ici ou d’ailleurs, est également répertoriée plus loin.

Notre rapport d'activités décrit plus précisément certains pans des actions menées par la FEC-CSQ au cours du dernier triennat. Si la pandémie a quelque peu ralenti le traitement de certains dossiers, elle en a fait naître d'autres pour l’ensemble du réseau, dont une certaine généralisation de l’enseignement à distance. La crise sanitaire a par ailleurs fortifié nos solidarités, conscientes et conscients que nous étions de la pertinence de notre action syndicale en ces temps inusités et de la portée des liens qui nous unissent.

Consulter en ligne : Rapport-dactivites-FEC-CSQ-2019-2022.pdf (lacsq.org)