28 avril 2026

En réaction à plusieurs projets de loi, Éric Gingras, président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), déplore une « politique de division » dans une société polarisée et appelle au retour d’un discours d’apaisement et de collaboration.

« Pour remonter dans les sondages, le gouvernement y est allé avec un paquet de projets de loi comme fil conducteur pour réduire la capacité d’action des organisations syndicales », estime celui qui représente plus de 225 000 membres, dont environ 130 000 travaillant dans le domaine de l’éducation.

M. Gingras s’oppose notamment à la Loi visant à améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique de diverses associations en milieu de travail (projet de loi 3). « Ça vient s’immiscer dans les règles syndicales », déplore le syndicaliste. Il dénonce aussi la Loi visant l’amélioration de certaines lois du travail, adoptée l’automne dernier, qui distingue les mécanismes de prévention pour les emplois en éducation, en santé et en services sociaux, majoritairement occupés par des femmes, de ceux des autres secteurs. La CSQ s’oppose également au projet de loi 94, qui vise le renforcement de la laïcité, estimant qu’il restreint l’autonomie des enseignants. Éric Gingras mentionne aussi la loi 14, entrée en vigueur fin novembre 2025, qui permet l’intervention de Québec pour faire cesser un conflit de travail.

Selon le président de la CSQ, ces projets de loi ont pour conséquence première de contribuer aux discours décomplexés critiquant les syndicats. « [Ceux-ci] ont joué et occupent encore un rôle important comme porte-voix, souligne-t-il. Dans bien des cas, on a réussi à faire changer des lois au profit des travailleurs. Avec tout ce qui se passe au sud de la frontière, la dernière chose [à faire] serait de se diviser. On doit s’asseoir et collaborer pour régler les problèmes et revenir à un dialogue social. »

La violence comme défi de société

Au-delà de la négociation de conventions collectives, les syndicats prennent part aux changements sociaux, rappelle Éric Gingras. « On s’occupe d’enjeux qui touchent tout le monde, dit-il. Et ça inclut la violence dans nos écoles, dans nos milieux de santé. Celle entre les usagers, mais aussi envers les personnes qui y travaillent, spécialement les femmes. »

Le président de la CSQ cite comme exemple le resserrement des mesures de sécurité dans les hôpitaux, en raison de la crise reliée à l’itinérance. « Notre rôle est de lever le drapeau rouge sur des problèmes de violence qui ne se régleront pas à coups de conventions collectives », dit-il. Le syndicaliste lance ainsi un appel à l’engagement à toutes les parties civiles, qu’il s’agisse des gouvernements des différents ordres, des entreprises privées ou des communautés.

Le mois dernier, un sondage Léger commandé par la CSQ a par ailleurs conclu que 85 % des répondants souhaitent que la prévention de l’incivilité et de la violence devienne une priorité au Québec. « On s’est adressé à la population générale, et pas seulement à nos membres. Un taux de 85 %, ce n’est pas rien. Ça nous dépasse en tant qu’organisation », souligne M. Gingras.

Le président de la CSQ estime que la Santé publique devrait mettre en place différentes mesures pour améliorer la situation. « Et le gouvernement doit aussi s’attaquer aux sources des problèmes de violence dans la société, notamment à cause de la crise du logement, des questions d’itinérance et de santé mentale », soutient le syndicaliste.

Réfléchir à l’éducation québécoise

Afin de rendre le système scolaire plus égalitaire, la CSQ réclame la tenue d’états généraux en éducation. « Tout ne se règle pas par les conventions collectives, illustre Éric Gingras. Oui, c’est important de continuer à améliorer les conditions de travail. Mais on souhaite une grande réflexion pour redonner un sens et un rôle à l’école. On aimerait amener le plus de jeunes possible, non pas à seulement être diplômés, mais à trouver un sens à leur vie. »

Le syndicaliste plaide ainsi pour la participation à la fois du ministère de l’Éducation, mais aussi d’autres figures politiques, de parents d’élèves, de citoyens, de syndicats, de patrons et de chercheurs. « On n’a pas toutes les réponses, mais il faut que les gens travaillent ensemble pour s’entendre sur ce qu’on veut dans nos écoles, fait-il valoir. On doit trouver des solutions, non pas pour les élections suivantes, mais pour les 10, 15, 20 prochaines années. » Il aspire donc à ce que le futur gouvernement tienne compte de cette volonté dès le lendemain du scrutin, prévu à l’automne.

Ce printemps, des représentants de la CSQ sillonneront d’ailleurs le Québec pour rappeler le rôle des syndicats dans la société. Éric Gingras souhaite notamment y plaider pour un financement adéquat de l’appareil public. « On ne doit plus simplement prétexter les enjeux d’équilibre budgétaire pour faire des coupes. C’est l’ensemble de la population qui doit composer avec une diminution des services. »

Publié le 25 avril : La CSQ dénonce plusieurs projets de loi du gouvernement provincial | Le Devoir