6 mai 2026

Qui encadre les journalistes de Québecor qui utilisent leur position pour prêcher leurs idées?

Par Youri Blanchet, président de la Fédération de l’enseignement collégial (FEC-CSQ)

Cher Mario, alors que nous nous croisions déjà il y a quelques décennies dans les corridors du Cégep de Rivière-du-Loup, nous avons échangé plus récemment sur les ondes de LCN à propos de l’importante augmentation du nombre de cadres dans nos cégeps. Nous partagions à ce moment une même critique de l’augmentation de 35 % des gestionnaires. Or, le 1er mai dernier, Journée internationale des travailleuses et des travailleurs, j’ai été stupéfait de lire ceci dans une chronique intitulée Ces profs de cégep zélotes. Qui encadre les profs de cégeps qui utilisent leur position pour prêcher leurs idées? : « Le problème, c’est qu’il n’y ait aucun encadrement, ils [les profs de cégeps] font ce qu’ils veulent ». En tant que président de la Fédération de l’enseignement collégial (FEC-CSQ), je me dois de répondre, car cette affirmation est tout simplement fausse.

Faisons tout d’abord un lien avec notre dernier sujet de conversation. Si le nombre de gestionnaires, d’ailleurs aussi appelé personnel d’encadrement ou cadres, s’est accru de plus 500 personnes réparties dans la cinquantaine de cégeps du réseau au cours des dernières années, ce n’est certainement pas pour décorer, mais bien parce que les directions des établissements publics, en santé et éducation, ont multiplié les mesures de contrôle sous l’égide de pratiques gestionnaires à la mode. Dans les cégeps, cela s’est notamment traduit par une multiplication des politiques institutionnelles et des règlements. Dans l’établissement de notre région, à Rivière-du-Loup, on en compte 33 en plus de nos règles de convention collective et de l’encadrement ministériel bien sûr !

Outre les politiques d’évaluation des apprentissages, de gestion des programmes, de civilité et d’évaluation du personnel enseignant (oui, vous avez bien lu), on trouve notamment la procédure de règlement d’un différend pédagogique, qui prévoit un mécanisme de plainte lorsqu’une personne étudiante « considère soit ne pas recevoir un enseignement ou un soutien de qualité, soit être traité[e] irrespectueusement ou injustement par un membre du personnel enseignant. »  Et avez-vous déjà consulté les devis ministériels que les départements doivent respecter lorsque les plans de cours sont soumis ? Pour un seul cours de philosophie, par exemple, on parle d’un énoncé de compétence qui doit se déployer en quatre éléments de compétence, eux-mêmes subdivisés en douze critères de performance. Pour le manque d’encadrement, il faudra donc revenir.

Même la clause de notre convention collective sur la liberté académique prévoit autant de droits que d’obligations. Parmi celles-ci mentionnons notamment les règles de droit prévues pour respecter la vie privée, la réputation ou la non-discrimination. Notre Fédération le mentionne d’ailleurs dans son énoncé de principe sur la liberté académique : « Cette liberté doit tenir compte des droits des étudiantes et des étudiants : respect, dignité, honneur, réputation sans égard pour l’âge, le sexe, le genre, l’origine ethnique, la croyance, l’orientation sexuelle et doit respecter les opinions et le droit à la dissidence idéologique. Cette liberté doit s’exercer avec précaution, bienveillance, respect, en fonction de la pertinence pédagogique et doit respecter les principes professionnels reconnus, notamment ceux de la responsabilité professionnelle et de la rigueur intellectuelle ».

Vous comprendrez que notre critique ne vise pas à nous positionner sur le bienfondé ou non d’une pratique de boycottage mais bien à dénoncer l’utilisation que vous en avez faite, Monsieur Dumont, pour casser du sucre sur le dos de notre profession. C’est pour ces raisons que nous nous permettons de dénoncer à notre tour les chroniqueurs zélotes de Québecor, sachant que le terme « zélote » s’applique à une personne qui fait preuve d’un attachement fanatique à sa cause, jusqu’à l’aveuglement.  Nous nous demandons donc quelle est la cause de l’ancien leader de l’ADQ et quelles sont ses dernières lectures alors qu’il affirmait, avec raison d’ailleurs, dans cette même chronique qu’ « on ne lit pas pour se complaire de ce que l’on croit déjà ». Vous pourrez constater, à la lecture de notre lettre ouverte, que nous avons bien lu cette chronique du Journal de Montréal. À bon entendeur, salut !